Avant tout, il convient de s’entendre sur la notion d’existence.

La notion d’existence est complexe, riche de multiples significations. Mais en ce qui concerne notre sujet (et uniquement en ce qui concerne notre sujet, tellement le mot « existence » a de sens et d’acceptations possibles), on peut, pour clarifier, définir schématiquement trois niveaux, trois degrés d’existence.

A minima, exister n'a pour signification que d'être quelque chose de réel, de n’être pas le fruit de notre imagination, d’être indépendant de notre pensée. Ainsi, un caillou que je tiens dans ma main existe. Par contre, jusqu’à preuve du contraire, le monstre du Loch-Ness n’existe pas. (Les légendes du Loch-Ness existent certainement, mais uniquement en tant qu’histoires). C’est le premier degré de l’existence.

Un degré au-dessus, exister c'est mener une existence, avec une naissance, un développement et une mort, une existence qui est faite de perceptions et de réactions, une existence enfin qui se transmet. C’est la vie, celle des plantes, des animaux, la vie de la nature. C’est le deuxième degré de l’existence.

L’existence au troisième degré concerne spécifiquement la vie humaine (et, on en débat, celle des animaux supérieurs, mais alors de manière sans doute embryonnaire). Exister devient synonyme de destinée, de vie consciente, de vécu. C'est prendre conscience de soi-même, de son histoire, faite de désirs, de souhaits, de regrets, de manques, c’est s’interroger sur le sens de la vie. C’est se regarder en se distanciantpar rapport à cela qu’on est. A ce niveau supérieur de signification, existence et conscience entretiennent une relation très étroite.

Voici définis trois degrés d’existence. On verra par la suite (cf. § 66) qu’il est possible d’en ajouter deux autres, et même, ultimement (cf. § 126), un sixième, mais selon des modes fort différents. Pour le moment nous pouvons nous contenter de ces trois-là. 

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, Ch. 3, § 39, p. 94)