Tout à la fin, au chapitre 10 (Ab origine), il est montré que le multivers ne peut pas exister au même titre que « notre » univers, celui que chacun de nous perçoit. 

Le multivers, constitué d’une infinité d’univers, peut-il être réel ? Peut-il être réel comme le soleil qui en cet instant nous réchauffe agréablement, comme cette chaise sur laquelle nous sommes assis, comme notre jambe qui, peut-être, commence à fourmiller ? C’est à dire être un multivers existant à ce degré « +1 » de l’existence (cf. § 40), et où nous trouvons notre place d’existant au degré « +3 » ?

Voyons la chose de plus près.

Ainsi que nous l’avons vu, si des univers existent en quantité infinie dans le multivers, cela implique que toute la variété des univers possibles y apparaît, mais aussi que chacun de ces univers est lui-même répliqué à l’identique un nombre infini de fois, tant synchroniquement que diachroniquement, puisqu’il n’est rien qui viendrait limiter sa répétition (cf. §§ 10 & 23).

En conséquence, pour tout univers qui contient tel de mes gestes, il en existe un nombre infini d’exemplaires répliqués : il existe une infinité d’univers où, à cet instant, je chasse un moucheron venu voleter près de moi et où, à l’instant d’après, j’allongerai ma jambe pour la détendre, et une infinité d’univers où, pour diverses raisons, je m’abstiens de faire ces mouvements. Chaque possible de moi génère un univers qui existe répliqué à l’infini dans le multivers – comme, lorsque je me trouve entre deux miroirs strictement parallèles, je me découvre dupliqué à l’infini aussi loin que je peux distinguer.

(…)

Cela signifie qu’à moi seul, par cet univers que définit cette vie que je mène, moi ici présent, je peux, d’une certaine manière, considérer que j’égale le multivers, puisque « je » suis aussi « abondant », aussi « ample », autant « vaste » que le multivers.

(..)

C’est proprement effarant. On pressent que ça ne peut exister que dans un monde autre que le monde réel tel que nous l’éprouvons. Il faut abandonner la possibilité que le multivers, infini, existe « pour de bon », c’est-à-dire la possibilité que le multivers existe au degré « +1 ».

 Seul le virtuel peut convenir à cette infinité. 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 10, § 124, p. 237