Une réflexion plus rigoureuse, s’appuyant sur les propriétés de l’infini, néanmoins très facile à saisir, nous conforte dans cette conclusion. Elle découle des travaux du mathématicien Georg Cantor sur les ensembles infinis.

C’est par un raisonnement fort simple qu’on montre qu’à l’ensemble des nombres dits « naturels », – ce sont les nombres les plus faciles, ceux qu’on apprend à compter dès la petite enfance : la série 1, 2, 3, 4… jusque l’infini –, on peut associer un par un l’ensemble de tous les nombres naturels pairs : 2, 4, 6, 8… jusque l’infini. Ce qui amène à conclure que les nombres pairs sont aussi nombreux que tous les nombres pris dans leur ensemble, les pairs plus les impairs.

A première vue, cela peut paraître paradoxal. Dans une suite de nombres qui n’est pas infinie – la suite des nombres de 1 à 100 par exemple – les nombres pairs y sont deux fois moins nombreux. Ca va de soi. Par exemple, dans une classe d’école mixte, si filles et garçons sont répartis moitié-moitié, il y a deux fois moins de filles que d’élèves au total.

Ce n’est pas le cas dans la série infinie des entiers naturels. Il y a autant de nombres pairs que de nombres pairs et impairs réunis. Dans notre classe mixte de l’exemple précédent, si les élèves étaient en nombre infini, il y aurait autant de filles que la classe mixte compte d’élèves au total, donc autant que de filles et garçons rassemblés.

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En conséquence, l’ensemble des univers identiques à cet univers qui est le mien, parce qu’il est répliqué à l’infini dans le multivers, et forme donc un sous-ensemble infini du multivers, est aussi « grand » en nombre que tous les univers réunis dans le multivers : il a la même cardinalité. A chacun de « mes univers », puisqu’ils sont en nombre infini, je puis faire correspondre l’un des innombrables autres univers du multivers (chacun de ces univers possibles étant lui-même répliqué à l’infini138).

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C’est dire, in fine, que moi en mon meilleur des mondes, « moi-je », en tant que je définis cet univers qui est le mien, je suis aussi « nombreux », aussi important, aussi grand, aussi considérable que tout ce qui n’est pas moi, que tout ce qui est autre que moi dans le multivers.

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Voilà qui ne fait que renforcer notre conviction qu’il est définitivement illusoire de concevoir que le multivers, infini, pourrait être authentiquement réel, pourrait être un multivers constitué d’univers existant à ce degré d’existence « +1 » que nous avons défini.

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Le multivers doit donc être considéré comme formel. Il constitue le monde formel.

On rejoint Leibniz qui postule qu’en l’entendement de Dieu, donc en pensée, l’infinité des univers possibles existe. Sauf que nous faisons abstraction de Dieu. Ne demeure que la pensée. 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 10, § 125, p. 239