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 On peut dire qu’un tel monde numérique, si on en adoptait l’idée, parce qu’il ferait sortir le multivers du « rien que la pure pensée », ne ferait certes pas encore exister positivement le formel, mais il lui apporterait comme un début d’existence.

En ce cas, on pourrait dire que le monde purement formel existerait à un degré qu’on noterait « -2 », et n’accèderait au degré « - 1 » de l’existence que par le numérique.

 (On peut faire la comparaison avec des parties d’échecs, que quelques grands maîtres peuvent jouer rien qu’en pensée, mais qui acquièrent davantage de concrétude si elles sont notées. Mieux encore, on comparera avec une symphonie qu’un compositeur de génie – même sourd, si l’on pense à Beethoven – à la fois crée et perçoit d’abord rien que dans sa tête (ce serait le degré -2 d’existence), mais qui existe plus concrètement une fois qu’il en a rédigé la partition (degré -1), qui, enfin, n’existera réellement qu’une fois qu’elle aura été jouée (degré +1). Cette comparaison n’est pas à prendre au pied de la lettre, puisque, dans notre réalité, le compositeur et son œuvre s’inscrivent d’emblée dans un univers réel, de degré « +1 »). 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 10, § 126 p. 245