MULTIVERS ET EXISTENCE

04 juin 2017

Qu’est-ce qu’exister ? Les trois degrés d’existence.

Avant tout, il convient de s’entendre sur la notion d’existence.

La notion d’existence est complexe, riche de multiples significations. Mais en ce qui concerne notre sujet (et uniquement en ce qui concerne notre sujet, tellement le mot « existence » a de sens et d’acceptations possibles), on peut, pour clarifier, définir schématiquement trois niveaux, trois degrés d’existence.

A minima, exister n'a pour signification que d'être quelque chose de réel, de n’être pas le fruit de notre imagination, d’être indépendant de notre pensée. Ainsi, un caillou que je tiens dans ma main existe. Par contre, jusqu’à preuve du contraire, le monstre du Loch-Ness n’existe pas. (Les légendes du Loch-Ness existent certainement, mais uniquement en tant qu’histoires). C’est le premier degré de l’existence.

Un degré au-dessus, exister c'est mener une existence, avec une naissance, un développement et une mort, une existence qui est faite de perceptions et de réactions, une existence enfin qui se transmet. C’est la vie, celle des plantes, des animaux, la vie de la nature. C’est le deuxième degré de l’existence.

L’existence au troisième degré concerne spécifiquement la vie humaine (et, on en débat, celle des animaux supérieurs, mais alors de manière sans doute embryonnaire). Exister devient synonyme de destinée, de vie consciente, de vécu. C'est prendre conscience de soi-même, de son histoire, faite de désirs, de souhaits, de regrets, de manques, c’est s’interroger sur le sens de la vie. C’est se regarder en se distanciantpar rapport à cela qu’on est. A ce niveau supérieur de signification, existence et conscience entretiennent une relation très étroite.

Voici définis trois degrés d’existence. On verra par la suite (cf. § 66) qu’il est possible d’en ajouter deux autres, et même, ultimement (cf. § 126), un sixième, mais selon des modes fort différents. Pour le moment nous pouvons nous contenter de ces trois-là. 

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, Ch. 3, § 39, p. 94)

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Les multiples moi.

Le multivers, grâce à l’éternel retour du même, nous assure l’éternité de notre destinée humaine (cf canalblog eterne…). Mais aussi il nous confronte à la multiplicité de nos autres destinées.

 La satisfaction de nous savoir éternels ne doit pas nous faire négliger une autre conséquence de la multiplicité des univers, liée au fait que l’éternel retour ne se limite pas au retour de cette vie, donc de cet univers que nous connaissons, qui est le nôtre.

L’éternel retour d’un même univers n’est qu’un phénomène statistique produit par l’infinie résurgence de tous les univers possibles, comme, dans un jeu de hasard, une combinaison gagnante ne peut se répéter que parmi une multitude d’autres qui se répètent tout autant.Entre les retours du même, c’est tout ce qui est possible comme diverses sortes d’univers qui est irrésistiblement appelé à apparaître. En conséquence, concernant nos existences personnelles, si l’infinie multitude des univers nous assure l’éternité, elle nous met face à un fait embarrassant, celui de la multiplication de nos destinées, et de leur retour éternel à elles aussi.

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 2, § 28, p.70

 

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Le multivers ne mène-t-il pas au nihilisme ?

Si toutes nos destinées possibles peuvent se réaliser dans autant d’autres mondes possibles, qu’est-ce à dire ?

Est-ce qu’il existe vraiment toute une variété de différents « moi », lesquels sont tout aussi réels que moi qui me sens exister en ce monde, ici et maintenant, ce moi que, pour le différencier des autres, on peut appeler « moi-je » ? C’est la conclusion qui semble s’imposer. (Nietzsche a bridé sa pensée en ne considérant que l’éternel retour du même, sans envisager tous les autres destins possibles de lui, eux aussi soumis à la loi de l’éternel retour.)

Après que l’humain, qui croyait jadis occuper le centre de l’univers, s’est trouvé marginalisé dans le système solaire, puis le cosmos, puis le multivers47, voici maintenant le bouquet ! Le pompon ! En acceptant l’idée d’une multitude d’univers contenant des destinées différentes de la nôtre, c’est notre personne à chacun de nous qui est diluée dans une infinité d’autres « moi », au point que, réduite à bien peu de chose, elle s’en trouve ridiculisée.

Si tout ce qui peut m’arriver dans mon existence, si tous les choix que je peux faire, ont leur variante dans une autre réalité, une réalité aussi solide, aussi fondée, aussi certaine que celle que je perçois très précisément à ce moment présent, à c’t’heure, alors qui suis-je ? Que deviens-je en tant que personne ? S’il existe dans le multivers comme une somme monstrueuse de tous les possibles de ma vie, – selon ce qu’elle pourrait être ou avoir été au gré des circonstances et de mes décisions –, tous égaux dans leur statut, sans qu’un seul s’en distingue plus que les autres, quelle place reste-t-il pour ma personne au milieu de ce magma, cette mixture des différents « moi », cet infâme bouillie ? Je ne suis plus qu’une variante parmi une infinité de variantes, pour ainsi dire un exemplaire, un échantillon.

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 2, § 29, p. 71

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Un seul moi authentique dans le multivers ?

Le multivers, qui nous enchantait quand il nous proposait l’éternité, voici qu’il nous consterne, maintenant qu’il nous met en présence de tous nos autres « moi » possibles, les faisant surgir de toute part, telle une armée de zombies tirée d’un film d’horreur. Parce qu’il engendre en nous, et l’impression d’une totale vacuité, puisque dévalorisant nos choix et décisions, et un sentiment de profond dégoût, puisque nous mettant face, tantôt à la déchéance de nos vies, tantôt aux profiteurs de nos vies, on peut affirmer que si la sensation existentielle de « nausée » décrite par l’écrivain et philosophe Jean-Paul Sartre a un sens, il est bien là.

A moins que tous ces autres différents « moi », disséminés dans le multivers, n’existent pas équivalemment à moi ici présent, « moi-je ». A moins que n'existe authentiquement qu'un seul « moi-je », celui que « je » vis ici et maintenant, que seul existe vraiment celui qui effectue ce geste que « je » fais en ce moment, tandis que n’ont aucune authenticité ces autres « moi » qui font un autre geste, comme a fortiori ces autres « moi » qui vivent une autre destinée, et qui, par conséquent, n’ont pas d’existence réelle. 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 2, § 31, p.78 

C’est ce qui va amener l’auteur à échafauder toute une métaphysique qui mène à centrer le réel sur l’existence humaine

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Un multivers réel ?

Tout à la fin, au chapitre 10 (Ab origine), il est montré que le multivers ne peut pas exister au même titre que « notre » univers, celui que chacun de nous perçoit. 

Le multivers, constitué d’une infinité d’univers, peut-il être réel ? Peut-il être réel comme le soleil qui en cet instant nous réchauffe agréablement, comme cette chaise sur laquelle nous sommes assis, comme notre jambe qui, peut-être, commence à fourmiller ? C’est à dire être un multivers existant à ce degré « +1 » de l’existence (cf. § 40), et où nous trouvons notre place d’existant au degré « +3 » ?

Voyons la chose de plus près.

Ainsi que nous l’avons vu, si des univers existent en quantité infinie dans le multivers, cela implique que toute la variété des univers possibles y apparaît, mais aussi que chacun de ces univers est lui-même répliqué à l’identique un nombre infini de fois, tant synchroniquement que diachroniquement, puisqu’il n’est rien qui viendrait limiter sa répétition (cf. §§ 10 & 23).

En conséquence, pour tout univers qui contient tel de mes gestes, il en existe un nombre infini d’exemplaires répliqués : il existe une infinité d’univers où, à cet instant, je chasse un moucheron venu voleter près de moi et où, à l’instant d’après, j’allongerai ma jambe pour la détendre, et une infinité d’univers où, pour diverses raisons, je m’abstiens de faire ces mouvements. Chaque possible de moi génère un univers qui existe répliqué à l’infini dans le multivers – comme, lorsque je me trouve entre deux miroirs strictement parallèles, je me découvre dupliqué à l’infini aussi loin que je peux distinguer.

(…)

Cela signifie qu’à moi seul, par cet univers que définit cette vie que je mène, moi ici présent, je peux, d’une certaine manière, considérer que j’égale le multivers, puisque « je » suis aussi « abondant », aussi « ample », autant « vaste » que le multivers.

(..)

C’est proprement effarant. On pressent que ça ne peut exister que dans un monde autre que le monde réel tel que nous l’éprouvons. Il faut abandonner la possibilité que le multivers, infini, existe « pour de bon », c’est-à-dire la possibilité que le multivers existe au degré « +1 ».

 Seul le virtuel peut convenir à cette infinité. 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 10, § 124, p. 237

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Georg Cantor nous vient à l’aide.

Une réflexion plus rigoureuse, s’appuyant sur les propriétés de l’infini, néanmoins très facile à saisir, nous conforte dans cette conclusion. Elle découle des travaux du mathématicien Georg Cantor sur les ensembles infinis.

C’est par un raisonnement fort simple qu’on montre qu’à l’ensemble des nombres dits « naturels », – ce sont les nombres les plus faciles, ceux qu’on apprend à compter dès la petite enfance : la série 1, 2, 3, 4… jusque l’infini –, on peut associer un par un l’ensemble de tous les nombres naturels pairs : 2, 4, 6, 8… jusque l’infini. Ce qui amène à conclure que les nombres pairs sont aussi nombreux que tous les nombres pris dans leur ensemble, les pairs plus les impairs.

A première vue, cela peut paraître paradoxal. Dans une suite de nombres qui n’est pas infinie – la suite des nombres de 1 à 100 par exemple – les nombres pairs y sont deux fois moins nombreux. Ca va de soi. Par exemple, dans une classe d’école mixte, si filles et garçons sont répartis moitié-moitié, il y a deux fois moins de filles que d’élèves au total.

Ce n’est pas le cas dans la série infinie des entiers naturels. Il y a autant de nombres pairs que de nombres pairs et impairs réunis. Dans notre classe mixte de l’exemple précédent, si les élèves étaient en nombre infini, il y aurait autant de filles que la classe mixte compte d’élèves au total, donc autant que de filles et garçons rassemblés.

(…)

En conséquence, l’ensemble des univers identiques à cet univers qui est le mien, parce qu’il est répliqué à l’infini dans le multivers, et forme donc un sous-ensemble infini du multivers, est aussi « grand » en nombre que tous les univers réunis dans le multivers : il a la même cardinalité. A chacun de « mes univers », puisqu’ils sont en nombre infini, je puis faire correspondre l’un des innombrables autres univers du multivers (chacun de ces univers possibles étant lui-même répliqué à l’infini138).

(..)

C’est dire, in fine, que moi en mon meilleur des mondes, « moi-je », en tant que je définis cet univers qui est le mien, je suis aussi « nombreux », aussi important, aussi grand, aussi considérable que tout ce qui n’est pas moi, que tout ce qui est autre que moi dans le multivers.

(…)

Voilà qui ne fait que renforcer notre conviction qu’il est définitivement illusoire de concevoir que le multivers, infini, pourrait être authentiquement réel, pourrait être un multivers constitué d’univers existant à ce degré d’existence « +1 » que nous avons défini.

(…)

Le multivers doit donc être considéré comme formel. Il constitue le monde formel.

On rejoint Leibniz qui postule qu’en l’entendement de Dieu, donc en pensée, l’infinité des univers possibles existe. Sauf que nous faisons abstraction de Dieu. Ne demeure que la pensée. 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 10, § 125, p. 239

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Le multivers numérique.

(…)

 On peut dire qu’un tel monde numérique, si on en adoptait l’idée, parce qu’il ferait sortir le multivers du « rien que la pure pensée », ne ferait certes pas encore exister positivement le formel, mais il lui apporterait comme un début d’existence.

En ce cas, on pourrait dire que le monde purement formel existerait à un degré qu’on noterait « -2 », et n’accèderait au degré « - 1 » de l’existence que par le numérique.

 (On peut faire la comparaison avec des parties d’échecs, que quelques grands maîtres peuvent jouer rien qu’en pensée, mais qui acquièrent davantage de concrétude si elles sont notées. Mieux encore, on comparera avec une symphonie qu’un compositeur de génie – même sourd, si l’on pense à Beethoven – à la fois crée et perçoit d’abord rien que dans sa tête (ce serait le degré -2 d’existence), mais qui existe plus concrètement une fois qu’il en a rédigé la partition (degré -1), qui, enfin, n’existera réellement qu’une fois qu’elle aura été jouée (degré +1). Cette comparaison n’est pas à prendre au pied de la lettre, puisque, dans notre réalité, le compositeur et son œuvre s’inscrivent d’emblée dans un univers réel, de degré « +1 »). 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz. Ch. 10, § 126 p. 245

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